L’art du voyage à vélo sans assistance
30 juillet 2026

Breaking news : oui, il est encore possible de voyager à vélo sans batterie. Aucun câble, aucune prise, aucun pourcentage de charge à surveiller. Rien. Il ne vous faut rien d’autre qu’un cœur et un peu de braquet, et vous voilà paré.e d’une bonne excuse pour multiplier les pauses café.
Alors oui, le vélo à assistance électrique (VAE) a révolutionné les trajets quotidiens autant que les vacances à bicyclette. Il permet d’aller plus loin, d’aller plus vite, de se charger et de grimper sans même s’essouffler. Mais s’il y a une chose que le VAE n’offre pas dans les mêmes proportions, c’est la confiance en soi et l’émotion finale du défi réalisé. Car contrairement à ce que les côtes essaient de nous faire croire, tout le monde (ou presque) est capable de pédaler le temps d’un séjour à vélo sans assistance électrique. Pour peu que l’on s’y prépare.
Et la première préparation est d’abord et avant tout d’ordre psychologique. Il faut apprendre à se faire confiance et il faut accepter de ressentir les effets de l’effort physique : un rythme cardiaque et une respiration qui s’accélère, de petites douleurs musculaires passagères, une bonne fatigue en fin de journée… Pour vous aider, vous pouvez garder à l’esprit que le voyage à vélo ne relève pas vraiment de l’effort sportif, mais plutôt d’un effort actif. L’aventure à bicyclette n’est ni un chrono, ni une course contre la montre, mais bien une invitation à ralentir.

Le bon vélo fait les beaux voyages
“Je déteste le vélo”. Une phrase mille fois entendue.
Une phrase mille fois entendue dans la bouche de celles et ceux qui n’ont connu qu’une seule expérience à vélo. Une seule très mauvaise expérience à vélo. Et quand on s’y penche, on s’aperçoit que cette mauvaise expérience est celle d’une sortie sur un vélo bas de gamme et difonctionnel, ou pas adapté (en taille ou en pratique), ou vieux (vous savez le vieux biclou du papi ressorti de la cave), ou mal entretenus, et parfois même tout ça à la fois. Et dans ces conditions, à juste titre, le vélo, c’est dur et douloureux.
Un bon vélo, c’est l’ingrédient indispensable d’une aventure réussie. Avec de simples et rapides réglages à votre taille, un bon vélo offre un coup de pédale facile et une inertie naturelle. Il n’y a rien qui freine, qui gêne ou alourdit. Il n’y a que l’envie de monter dessus et de fendre l’air !
Mais qu’est-ce qu’un bon vélo alors ?
Un bon vélo…
… C’est un vélo qui fait jusqu’à 15/16 kg max s’il est tout équipé : garde-boue, porte bagage, lumières, fourche suspendue…
… C’est une selle confortable et adaptée à sa morphologie. Il est à noter que la selle peut-être plus ou moins large, plus ou moins creuse, s’adaptant à toutes les formes de fessier.
… C’est une transmission adaptée au relief environnant. Si vous habitez par exemple dans une région vallonnée, privilégiez un double ou triple plateaux et une cassette avec des pignons de 36 à 46. L’idée étant de pouvoir toujours conserver un pédalage souple, même lorsque la pente s’accentue.
… C’est un vélo qui absorbe les chocs. Pour plus de confort, privilégiez des pneus assez larges (37 à 47 mm), pas trop gonflé (3 ou 4 bars max), cela permet d’amortir les secousses liées aux anfractuosités de la route.)
… C’est un vélo dont la position a été étudiée pour que vous ne souffriez d’aucune douleur (articulaire ou musculaire). En voyage à vélo, nous vous conseillons de privilégier une position confortable plutôt que sportive, cela vous permettra de profiter pleinement de ces longues journées en selle. Pour ce faire, vous pouvez régler la selle (hauteur, recul, inclinaison) et régler le cintre (hauteur, inclinaison). Quelques notions de mécanique peuvent aussi faire toute la différence une fois sur la route, notamment pour gérer les petits ajustements et réparations du quotidien pendant un voyage à vélo.
Vous savez maintenant ce qu’il vous reste à faire : louer ou acheter un bon vélo ! C’est là que réside le premier secret d’une bonne préparation.

Se préparer physiquement : le corps, premier compagnon de voyage
Comme pour toute activité physique, il est important, voire même capital, d’y aller très progressivement. Cette progressivité concerne à la fois la fréquence (nombre de sorties par semaine), la durée et l’intensité de l’effort.
Lorsque l’on débute, le kilométrage n’a que peu d’importance. Mieux vaut en effet se concentrer sur la durée de l’effort. Si vous n’avez jamais pratiqué, nous vous recommandons de commencer par une sortie d’une heure une à deux fois par semaine. Petit à petit, essayez d’ajouter une deuxième puis une troisième sortie par semaine. Pour ce faire, vous pouvez tout à fait intégrer le vélo dans votre quotidien pour aller au travail, faire vos courses ou chercher vos enfants à l’école. Pour une préparation idéale, nous vous conseillons de débuter cette préparation physique (et mentale) environ 4 mois avant le départ de votre séjour.
A deux mois du début de votre séjour, essayez, pour chaque sortie, de vous approcher de la distance que vous aurez à réaliser quotidiennement durant votre aventure. Si vous partez pour un voyage de 6-8 jours, essayez durant les 4 à 6 semaines qui précèdent le départ d’avoir un week-end où vous enchaînez la distance sur deux jours. Cela permettra de bien valider votre position, notamment si vous effectuez ce voyage à vélo avec votre propre matériel. Le cas échéant, n’hésitez pas à prendre les mesures (hauteur de selle, hauteur du guidon, distance guidon-selle…) sur votre vélo afin qu’elles puissent être adaptées sur le vélo de location. Il est à noter que la hauteur de selle ne se prend pas depuis le sol, mais depuis la pédale en position basse ou depuis l’axe du pédalier.
Il est évident que cette préparation physique dépend aussi de votre pratique sportive initiale. En effet, si vous courrez ou marchez toutes les semaines, ou si vous avez un abonnement à la salle de sport ou une activité professionnelle très active, l’important pour vous sera avant tout d’habituer les muscles spécifiques à la pratique cycliste pour être plus à l’aise. Et aussi, comme pour les plus aguerri.es des cyclistes, de trouver les réglages du vélo qui vous sont le plus adaptés.
Si votre séjour est à l’aube du printemps ou si vous habitez une région où il est difficile de rouler dehors en hiver, nous vous recommandons d’opter pour le vélo en intérieur, sur un home trainer, ou à la salle de sport.
Si au cours de votre préparation, vous souffrez de quelques raideurs, n’hésitez pas à consulter notre article sur le yoga, qui est un excellent complément aux activités physiques d’endurance et de plein air comme le vélo ou la marche.

Voyage à vélo en terres vallonnées : comment se préparer ?
Le relief à vélo, c’est un peu comme les épices en cuisine. Plus vous y avez goûté, plus vous appréciez l’expérience. Et avec un peu de préparation, les côtes n’ont plus le goût de la punition.
Alors comment s’y préparer et ce, quel que soit l’endroit où vous résidez. Si vous avez la chance d’habiter une région vallonnée, essayez, comme pour le kilométrage, d’avoir des journées types en termes de dénivelé.
Si au contraire, vous habitez une région assez plane, nous vous conseillons de prendre une route par chez vous qui monte et d’en faire votre meilleure amie. Parcourez là plusieurs fois par sortie, en privilégiant toujours les petits développements et la vélocité.
Le pédalage est un geste qui n’est pas toujours aussi naturel qu’on pourrait le penser. En effet, le vélo c’est d’abord une capacité à tourner vite les jambes et non pas à appuyer fort sur les pédales. Or, ce geste de tourner vite les jambes peut, chez certaines personnes, sembler peu naturel voire même désagréable. Soyez rassuré.e, c’est une simple question d’habitude, d’entraînement donc. Un pédalage souple et véloce c’est la garantie d’un coup de pédale efficace et endurant. A contrario, un pédalage en force vient déchirer les fibres musculaires. Ce sont précisément les fibres qui peuvent manquer en fin de journée ou en fin de semaine pour braver les dernières ascensions.

Oui, manger s’entraîne aussi
Si préparer son cœur et ses jambes relève de l’évidence avant un périple à vélo, préparer son estomac en revanche peut sembler cocasse ou inutile. Pourtant, après quelques heures en selle, le corps peut devenir assez vindicatif. De l’eau, des glucides, du sel ? Il ne s’agit pas seulement de reconnaître les signaux faibles, mais de les anticiper. Sinon, c’est la fringale assurée ! La bonne nouvelle, c’est que l’alimentation et l’hydratation, ça s’entraîne aussi ! Et ça évite bien des kilomètres pénibles à rêver d’une boulangerie ouverte.
La première chose à savoir, c’est que toute activité physique génère une dépense calorique, principalement de glucides.
Pour pouvoir maintenir un niveau énergétique constant, il convient de recharger régulièrement l’organisme en carburant. Manger régulièrement sur le vélo est la manière la plus efficace de maintenir ce niveau d’énergie. Et cela demande un peu d’entraînement à nos intestins pour gérer cette assimilation rapide, continue et en mouvement.
Pour que l’assimilation se passe bien durant le séjour, il convient d’avoir éprouvé ces habitudes à l’entraînement. Ne serait-ce que pour trouver les produits qui vous conviennent le mieux : barres énergétiques, noix, amandes, pâtes de fruit, gels énergétiques, en-cas salés…
Une fois l’aventure lancée, partez toujours avec quelques victuailles dans vos sacoches pour éviter la fringale. Ensuite, chaque destination, chaque séjour saura vous offrir de savoureuses spécialités locales pour varier et ravir ces petits ravitos à vélo.
Le corps : programmé pour s’adapter
Parfois, quelques jours suffisent pour que le corps comprenne. Beaucoup de grands voyageurs à vélo se sont lancés dans un tour du monde sur deux roues sans véritable préparation physique. Certains d’entre eux partaient à l’assaut du globe sans même avoir connu de pratique cycliste régulière. Et vous savez quoi ? Beaucoup y sont parvenus. Parce que le corps possède cette extraordinaire capacité d’adaptation qui leur a permis, au bout d’une semaine, de pouvoir se remettre en selle chaque jour, y compris pour des longues distances.
Un voyage à vélo sans assistance et sans préparation, c’est donc possible. Beaucoup de nos client.es arrivent d’ailleurs sur nos séjours sans préparation physique spécifique et vivent une excellente expérience. Cette phase préparatoire n’est pas indispensable, mais recommandée. Parce que débuter un séjour, en pleine possession de ses moyens, c’est avoir l’espace cognitif nécessaire aux belles choses qui vous entourent. En effet, lorsque le cerveau est asphyxié par l’effort, il peut passer à côté de l’essentiel : les paysages qui font le sel du voyage. En d’autres termes, plus vous vous préparez, plus cela vous paraîtra facile, plus vous pourrez en profiter.
Au fond, voyager à vélo sans assistance, ce n’est pas seulement avancer d’un point A à un point B. C’est aussi accepter de ressentir chaque kilomètre, chaque montée, chaque rafale et de découvrir, contre toute attente, qu’on en est capable. Au gré des coups de pédale, le corps s’adapte, l’esprit aussi. Et les efforts qui, hier encore, vous paraissaient insurmontables deviennent alors une simple routine de voyage.
Mais le vélo musculaire porte en lui quelque chose de plus rebelle encore. A l’heure où l’on est en recherche constante d’expérience augmentée… plus loin, plus vite, plus fort…choisir d’avancer uniquement grâce à ses jambes est aussi subversif que gratifiant. Une manière de rappeler que le vélo sans batterie n’a rien d’un objet obsolète. Bien au contraire, il offre une liberté brute, une attention fine au terrain et au temps qui passe.
Et puis il y a cette fierté très simple, presque enfantine, qui grandit au fil des jours, celle de réaliser qu’on est capable. Capable d’enchaîner les kilomètres et d’avaler les montées abruptes. Capable, même quand on râle, qu’on jure et qu’on se promet “plus jamais !”, de se remettre en selle chaque jour. Et avec le sourire.
C’est peut-être ça, finalement, la magie du vélo sans assistance : de réaliser qu’avec un peu de sueur, d’abnégation et de barres de céréales, l’être humain est capable de bien plus qu’il ne l’imagine.
